René GUENON, quelqu’un qui fut « un autre »

Il y aurait bien quelques prétentions à aborder l’œuvre de René Guénon sans s’extraire des conditionnements scolaires et universitaires et à la jauger sans s’être astreint à l’examen minutieux du fond et du contexte .

D’une part cette œuvre redevient d’actualité en réaction aux furieux coups de boutoir assenés par les forces obscures du « mondialisme », et d’autre part, parce que la critique du l’homme a toujours trop facilement supplanté celle du penseur.

Merci à David Gattegno pour cette remise en ordre nécessaire à la compréhension de l’œuvre immense de RENE GUENON, en réhabilitant l’homme contre l’avis de ses ennemis, théosophes en particulier :

Suivons l’approche proposée par David Gattegno:

Le 15 novembre 1886, à Blois, dans une petite maison de la Croix Boissée, rive gauche de la Loire, venait au monde René, Jean-Marie, Joseph, fils d’Anna-Léontine, née Jolly, et de Jean-Baptiste Guénon, architecte. Peu avant, une sœur aînée était décédée en bas âge, et le présent rejeton présentait une santé extrêmement délicate. Sept ans plus tard, la famille se transporta sur l’autre rive du fleuve, dans une grande maison

Or, Anna-Léontine avait une sœur. Veuve et sans enfant, elle se prit d’une grande affection pour son neveu et consacra son savoir d’institutrice libre à la première éducation du jeune René. Madame veuve Duru connaissait bien le curé de Montlivault. Prêtre fort original, érudit et intéressé par les questions du néo-spiritualisme qu’il combattait; l’abbé Ferdinand Gombault exerça une certaine influence sur René Guénon. Leur commerce dura bien au-delà les années d’enfance, puisque les visites que Guénon lui rendit ne furent interrompues que par son départ pour Le Caire, en 1930.

À douze ans, René entre à l’École Notre Dame des Aydes. Selon ses maîtres, élève brillant, il pèche, néanmoins, par son impressionnabilité et par le fait qu’il voit les choses «tout autrement» que le commun des élèves. Cela lui vaudra quelques avanies auxquelles il ne pourra être mis fin que par son retrait de l’établissement. Son père l’inscrit alors au collège Augustin-Thierry où il réussit de belles études.

En 1904, le voilà à Paris, préparant l’entrée à Polytechnique au collège Rollin. Mais, décidément, il n’entre pas dans le rang. «Son imagination s’exagère les choses», estime le directeur. Non seulement sa santé fragile perturbe le cours de ses études, mais, de plus, ajoute l’enseignant, il semble se rendre «malheureux à plaisir». Il s’essaie à suivre des cours complémentaires; ce rattrapage échoue. Les professeurs le dissuadent finalement de prétendre à une carrière passant par les Hautes Écoles. Il renonce aux études universitaires; et, pour raison de santé, le Conseil de réforme le déclare inapte au service militaire.

Rien ne semble prédisposer ce long jeune homme à rien; aucun excès d’intelligence mais une sensibilité maladive et nulle ambition particulière tandis que rien ne sait encore trahir l’occupation de ses pensées; René Guénon a vingt ans.

Un camarade l’entraîne à l’École Hermétique, fameuse émanation du Groupe Indépendant d’Études Ésotériques fondé par le célèbre Papus (Dr Gérard Encausse).

Un drôle que ce Papus !

Entre l’ogre et le faune, du mental au physique, il avait su persuader tout un monde qu’il était un «guide». Tant et si bien qu’on lui doit le «renouveau occultiste» dont les développements se sont poursuivis jusqu’à nos jours.

Cet occultisme «fin de siècle» avait hérité du pire comme du meilleur. Il opéra une fusion anarchique de tout et de rien, faisant se côtoyer les plus hautes aspirations et les plus bas instincts dans une multitude d’extravagances qui, avec la même emphase, en appelaient aux Pères de l’Église comme aux continents engloutis. Socialisme et démocratisme initiatique en constituaient les dégorgeantes mamelles.

Toutefois, un ésotérisme rival – catholique, celui-là – tâchait d’établir un contrepoids. Mais ce ne sut peser bien lourd et, comme l’on sait, une monstruosité l’emportera, sous la forme paradoxale du sectarisme «tolérant».

Il fallait un Héraklès pour nettoyer ces écuries souillées par un siècle de défécations post-révolutionnaires.

René Guénon fut employé à cette besogne. Il investit le bâtiment par la grande porte et, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, il devint un «initié» majeur, titulaire de hauts grades et fonctions, au point de représenter une «concurrence» pour l’hégémonie papusienne.

Un Ordre du Temple Rénové fut créé, par «révélation»! Guénon s’y vit appelé à la souveraineté, en tant que Grand-Commandeur.

Peu après, le Patriarche de l’Église gnostique, Synesius (alias Fabre des Essarts), l’ordonne évêque et lui confie la création et la direction d’une nouvelle revue: La Gnose. Sous le pseudonyme épiscopal de Palingénius, il y rédigea (à vingt-quatre ans!) des études de haute volée, se signalant aux yeux de tous «par une clarté d’exposition, un sérieux de pensée qu’on ne pouvait qu’admirer», écrira plus tard Noëlle Maurice-Denis Boulet.

Cependant, dans ses Infiltrations maçonniques dans l’Église (1910), l’opiniâtre et pénétrant détracteur de l’occultisme, l’abbé Emmanuel Barbier, malgré qu’il fût porté à la plus grande hostilité vis-à-vis de La Gnose, relève avantageusement les propos de Palingénius -Guénon, considérant qu’ils sont une «bonne critique de l’occultisme».

Il apparaît bel et bien que Guénon n’entra dans ce milieu que pour tâcher de le saper de l’intérieur. Du reste, plus tard, il confiera à Noëlle Maurice-Denis ne s’y être introduit «que pour le détruire». Sans doute, ne le détruisit-il effectivement pas, bien qu’il s’y fût employé sans relâche jusqu’à la fin de ses jours ; mais il sut mettre en lumière les tenants et les aboutissants, opérer les rapprochements entre les causes et les effets les plus éloignés en apparence et, surtout, il révéla les dessous politico-religieux de la vague soi-disant spiritualiste. Celle-ci, avait-il eu soin de préciser d’emblée, n’étant que «du matérialisme transposé sur un autre plan».

Ceci nous aidera à comprendre les raisons pour lesquelles il put avoir été, simultanément, un franc-maçon actif et le secrétaire de rédaction de La France antimaçonnique, revue dans laquelle, sous une signature énigmatique, «Le Sphinx», il donna de pénétrantes études sur le symbolisme maçonnique. N’eut été la guerre de 14-18 qui interrompit la parution, il aurait succédé au directeur, feu Abel Clarin de la Rive.

Contre la Guerre mondiale: la guerre contre le monde

« Pendant que l’Europe écrivait quelques lignes de son histoire sur des amas de cadavres, René Guénon se préparait au long combat spirituel qui allait avoir pour conclusion l’éveil catégorique de la pensée traditionnelle et symbolique en Occident.»       (Jean-Claude Frère.)

Deux ans avant la guerre, il avait marié Berthe Loury, une ancienne élève de sa tante. Fidèle catholique, sa femme l’aidait dans l’organisation de ses travaux. Ayant adopté une nièce de Berthe, Françoise, ils l’élevaient, et ils avaient accueilli la chère Mme Duru à demeure.

Le petit avoir familial avait dévalué, les maigres rentes, fondues… Manifestement, il fallait songer à subvenir aux besoins du ménage.

René Guénon se tourne vers la Sorbonne pour obtenir les diplômes qui lui permettront de trouver un emploi de professeur. Cependant, il échoue au doctorat. Il faut dire que sa thèse avait de quoi hérisser le poil d’un jury universitaire. Elle dénonçait, en effet, la «myopie intellectuelle» de la culture occidentale, mettant en coupe réglée toute la philosophie, de Descartes à Bergson. Cette première critique préfigure celle qu’il développera ensuite, d’Orient et Occident (1924) jusqu’à ce chef-d’œuvre sans équivalent: Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), en passant par La Crise du monde moderne (1927).

Son procès contre la démocratie est sans appel:

«Le supérieur ne peut émaner de l’inférieur, parce que le “plus” ne peut pas sortir du “moins”, dit-il; cela est d’une rigueur mathématique absolue, contre laquelle rien ne saurait prévaloir.»

Son analyse du «chaos social» observe les responsabilités:

«La grande habileté des dirigeants, dans le monde moderne, est de faire croire au peuple qu’il se gouverne lui-même; et le peuple se laisse persuader d’autant plus volontiers qu’il en est flatté et que, d’ailleurs, il est incapable de réfléchir assez pour voir ce qu’il y a là d’impossible. C’est pour créer cette illusion qu’on a inventé le “suffrage universel”: c’est l’opinion de la majorité qui est supposée faire la loi; mais ce dont on ne s’aperçoit pas, c’est que l’opinion est quelque chose que l’on peut très facilement diriger et modifier; on peut toujours, à l’aide des suggestions appropriées, y provoquer des courants allant dans tel ou tel sens déterminé; nous ne savons plus qui a parlé de “fabriquer l’opinion”, et cette expression est tout à fait juste, bien qu’il faille dire, d’ailleurs, que ce ne sont pas toujours les dirigeants apparents qui ont en réalité à leur disposition les moyens nécessaires pour obtenir ce résultat.»

Pour commenter cet aspect de l’œuvre guénonienne, pour lequel l’épithète «politique» n’est pas inadaptée, nous en appellerons à l’appréciation avisée de Julius Evola:

«Guénon était allergique à tout ce qui est politique au sens strict, estimant qu’il n’y a, à l’époque contemporaine, aucun mouvement méritant qu’on y adhère […]. Toutefois, Guénon appartient de plein droit à la culture de Droite.Chez lui, la négation de tout ce qui est démocratie, socialisme et individualisme dissolvant est radicale.Guénon va même plus loin, il aborde des domaines à peine survolés par l’actuelle contestation de Droite.»

En effet, Guénon va «plus loin», et beaucoup plus loin! En cela, il se distingue de tout et de tous. Il va plus au fond. Enfin, le point de vue auquel il se situe est d’ordre «supérieur»; c’est celui de l’Autorité… La question pourrait alors être de savoir d’où lui vient cette « autorité », en vertu de quoi il la détient. Mais il s’agit d’une question d’un ordre supérieur, justement; la réponse nécessiterait des développements sans commune mesure avec les dimensions de cet article. Toutefois, c’est le point qui a suscité l’essentiel des réflexions – tant des critiques que des adeptes. Dans notre livre («Qui suis-je?» Guénon, Pardès, 2001) nous pensons avoir donné quelques éléments susceptibles d’aider à l’étude du problème que cela pose; nous nous permettons d’y renvoyer le lecteur.

Dans cet ouvrage, nous avons voulu mettre l’accent sur la nature des rapports que Guénon établit avec les courants catholiques et réactionnaires. Or, c’est justement lors de son passage par la Sorbonne que ceux-ci vont se nouer plus étroitement. Tout d’abord, par l’intermédiaire de Noëlle Maurice-Denis Boulet. Elle avait assisté, transportée d’enthousiasme, à la lecture d’un travail sur «La métaphysique orientale»; elle n’eut de cesse de faire la connaissance de ce très extraordinaire étudiant, puis de l’introduire dans les milieux néo-thomistes qu’elle fréquentait, ainsi que dans celui de l’Institut catholique de Paris. Rapidement, la puissance métaphysique qui se dégageait de ses propos attira les meilleurs esprits, et la rigueur de ses exposés parut pouvoir être employée à revivifier cette doctrine catholique dont les uns et les autres craignaient qu’elle ne fût moribonde. Puis, via Olivier de Frémont, rencontré antérieurement à La France antimaçonnique, il entretint un commerce enrichissant avec le renouveau traditionnel chrétien centré sur la dévotion au Sacré-Cœur.

Pour les premiers rapports, le vecteur est d’ordre doctrinal, pour les seconds, d’ordre symbolique. 

Jacques Maritain est la figure de proue des uns. Il ne cessera de s’appliquer à rendre impossibles les relations, allant jusqu’à tenter d’obtenir la condamnation de l’œuvre de Guénon par Rome; mais Pie XII, en personne, s’y opposera.

Pour les autres, Louis Charbonneau-Lassay fut l’interlocuteur privilégié. Guénon et lui s’appréciaient énormément; rien, ni personne, ne parviendra jamais à compromettre la qualité de cette estime réciproque.

Entre ces deux composants du traditionalisme catholique, les fils de l’Action française tissaient un réseau de sympathies dont il convient de dire que Jacques Maritain – encore lui! – cherchera, et réussira, à se désolidariser totalement, de manière peu honorable, d’ailleurs.

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De son côté, l’admirable Léon Daudet s’enthousiasme à son tour pour Guénon; Orient et Occident le laisse pantois d’admiration. Gonzague Truc, non seulement adhérera corps et âme à cette œuvre mais, de plus, nourrira une amitié indéfectible pour l’homme, sur lequel il a laissé quelques pages comptant parmi les plus pénétrantes qui aient été écrites. C’est dans ce climat que se constitua un groupe, intitulé «Droite nouvelle», autour de la revue Vers l’Unité. René Guénon y collabore et tout laisse supposer que cet éphémère mouvement représenta certainement la tentative la plus sérieuse d’une politique, que nous qualifierions volontiers d’«apocalyptique», ayant pour fondements, d’une part, la critique radicale du monde moderne et, d’autre part, la perspective d’un redressement de nature «autoritaire», au sens spirituel du terme, non selon l’acception qu’en eut le fascisme. Toutefois, il convient de préciser que, si le fascisme ne manquait pas de paraître suspect à Guénon, c’était bien plus au titre de son popularisme qu’à tout autre; pour lui, ce n’était qu’une face du démocratisme, encore qu’il ait accepté d’admettre qu’on y pût chercher quelque ferment de redressement, comme l’espérèrent, chacun à sa façon, Julius Evola et cet homme d’une valeur exceptionnelle, complètement méconnu, qui eut nom Guido De Giorgio et qui fut un très précieux ami de Guénon.

La seule trace de cet épisode, resté assez mystérieux, est l’assurance de son ami Franz Vreede, évoquant la création d’une association, appelée «Union intellectuelle pour l’entente entre les peuples», association à la dissolution de laquelle Guénon procéda, en 1929, avant son départ pour Le Caire. D’autre part, un article sur Joseph de Maistre, paru dans Vers l’Unité, présente une allusion assez limpide à cette perspective.

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En 1912, René Guénon épouse Berthe Loury. Elle décédera d’une méningite cérébro-spinale en janvier 1928. À l’automne, Ernestine Duru, sa chère tante, trépasse à son tour. Puis, la famille de sa femme entreprend de lui retirer la garde de sa nièce, Françoise, le réduisant ainsi à une solitude domestique extrêmement douloureuse.

René Guénon, ce prodige de sensibilité intellectuelle et de rigueur intuitive reste désespérément fermé à toute forme d’existence pratique. À son ami Guido De Giorgio, il confie, par exemple, que la seule perspective d’un voyage ferroviaire le plonge dans l’inquiétude tant il est certain de s’emmêler dans les horaires de train.

Une richissime lectrice, madame veuve Dina, née Marie Shilitto, le prend sous son aile. Elle lui réserve quelques séjours, en Alsace et en Haute-Savoie, propices à son rétablissement. Ils projettent ensemble de créer une maison d’édition consacrée à la publication des travaux de Guénon et à celle d’œuvres à caractère traditionnel. Ce sera «L’Anneau d’Or», à la firme Didier & Richard.

Ce projet, strictement éditorial à l’origine, se révélera déterminant pour toute la suite de sa vie. En effet, afin d’y quérir des textes autour du soufisme, Guénon se rendra en Égypte. Et, au lieu de regagner la France après trois mois, il n’en partira plus jamais, rompant ainsi définitivement tout contact étroit avec cet Occident dont on avait tout fait pour qu’il en désespérât.

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Guénon côtoya divers milieux, il adhéra à certains, un peu comme Diogène cherchait un homme dans la foule des hommes… Que c’eut été chez les occultistes, chez les anti-maçons, chez les catholiques, chez les royalistes, etc.

On s’étonnera de cela alors que, depuis 1911-1912, il était attaché aux organisations initiatiques islamiques, et que, par conséquent, on serait fondé à attendre qu’il lui ait plu de se consacrer à cette tradition… Mais c’est qu’il n’avait pas pour autant «embrassé la religion musulmane»… Point capital qui restera incompréhensible à toute personne n’ayant pas une bonne connaissance de ce que représente l’islâm. Il n’est pas envisageable ici de résumer en quoi la chose est parfaitement possible et, qui plus est, «légale». Il suffira de dire que se conformer à une tradition n’implique nullement que l’on se fût «converti» à l’expression religieuse de celle-ci, ni que l’on eût «renié» de ce chef sa tradition d’origine; l’exemple des missionnaires jésuites devenus mandarins en Chine saurait parfaitement illustrer ce à quoi nous faisons allusion.

Afin de donner à saisir la très singulière entente islamo-chrétienne, nous l’illustrerons par le rappel d’un événement qui ne manquera pas de passer pour stupéfiant aux yeux des lecteurs du XXIe siècle: en 777, Charlemagne fit procéder à des milliers de baptême parmi le peuple des Saxons qui s’était remis à sa puissance. Cette solennité avait voulu que, non seulement, comtes et barons de chrétienté fussent présents, mais, de surcroît, le futur empereur d’Occident y avait convié nombre de sheikhs arabes; et ceux-là s’y rendirent en grandes pompes! Comme quoi, une victoire chrétienne, pour autant qu’elle soit d’ordre spirituel, peut en appeler au «témoignage» de musulmans… Cela ne peut en aucune façon se concevoir rationnellement, mais, exclusivement, prophétiquement.

Y eut-il, de par le monde, quelqu’un qui s’appelât René Guénon?

Au Caire, René Guénon vit «en Arabe», portant son nom d’islâm, Abdel Wahêd Yahia («Serviteur de l’Unique Jean»), ayant épousé une musulmane et sacrifiant aux us et coutumes du pays. Avec cette précision, cependant, qu’il eut une existence quasi érémitique, ne sortant pratiquement jamais de chez lui et se consacrant, pour l’essentiel, à la poursuite de ses travaux, quant à eux signés de son nom français. À la vérité, la question véritable qui se pose est celle de son personnage, en tant qu’il puisse être réellement identifié comme ayant été le Français René Guénon. Lui-même a répondu, assurant que la «personnalité de René Guénon» n’avait aucune espèce d’importance; il ajouta:

«Et puis, après tout, est-il bien sûr qu’il y ait actuellement par le monde quelqu’un qui porte ce nom? Qu’on le prenne pour une pure désignation conventionnelle, adoptée pour la commodité du langage, comme aurait pu l’être toute autre signature quelconque, c’est tout ce que nous demandons…»

Il eut également à déclarer:

«Étant absolument indépendant de tout ce qui n’est pas la vérité pure et désintéressée, et bien décidé à le demeurer, nous nous proposons simplement de dire les choses telles qu’elles sont, sans le moindre souci de plaire ou de déplaire à quiconque.»

La conséquence de ces deux propositions veut que nous n’envisagions nullement René Guénon comme le «détenteur» d’une vérité mais que nous le tenions pour l’outil de celle-ci, ou encore, que nous le considérions comme son serviteur… Et, peut-être, est-ce là qu’il convient de chercher la résidence de cette «autorité» que nous avons voulu évoquer plus haut.

Cela signifie que l’écrivain qui signa René Guénon avaient été investi d’une fonction: exprimer des considérations fondamentales dont la nature dépasse toute conception individuelle. 

Nous parlons d’une personne qui, à rigoureusement parler, n’en était pas une, connue sous une dénomination qui, à tout bien considérer, ne fut pas exactement la sienne et dont l’évolution publique se déroula dans un environnement socioculturel dont il ne relevait absolument pas!

Nous rappelant une célèbre et intrigante énigme littéraire qui fit couler un peu d’encre, nous nous plairons à l’évoquer en citant la savoureuse formule qu’eut à prononcer le dramaturge Roger Blin:

«Les pièces attribuées à William Shakespeare ont, en réalité, été écrites par un tout autre bonhomme qui s’appelait également William Shakespeare…»

Le Messager du bonheur

« J’ouvris par hasard un livre signé du nom inconnu de René Guénon.Je sentis aux premières pages qu’il m’apporterait ce que je cherchais.Il fut le messager du bonheur.J’avais compris, et comprendre, pour certains, c’est le bonheur.»   (Luc Benoist, Art du Monde.)

Chaque fois que, dans un ordre plus élevé que celui de la « pitoyable humanité» détestée du roi Lear, un homme a su se distinguer de ses semblables par une œuvre qui les dépasse d’une manière ou d’une autre, le «prochain» de cet homme s’acharne à lui tenir grief de ne pas avoir souscrit exclusivement au commun dénominateur des plus prochains mortels. 

Ainsi, au sommet de la pyramide de l’imbécillité rancunière, l’aigri Voltaire dispute de l’existence de Dieu à la « lumière» de la nouvelle du séisme qui ébranla Lisbonne!

Juchés sur un autre degré de cette pyramide, des critiques tenaient pour pertinent de taxer Victor Hugo de bêtise; à cela, Lecomte de l’Isle sut répondre:

«Victor Hugo est bête, en effet, comme l’Himalaya ! »

L’abominable Maximilien de Robespierre, par cette espèce de retournement vorace qu’affectent les squales avant de saisir leur proie, se complut à fulminer cette sentence:

«Qui ne croit pas à l’immortalité de son âme se rend justice.»

C’est bien la plus abjecte méchanceté de l’orgueilleux qui ne consent à atteindre à la vertu que par sa volonté propre. Le pas est vite franchi qui conduit à toutes les collaborations avec cette «justice» infâme…

Entre tous les différents univers de substitution, qu’ils fussent proposés par la République «une et indivisible», les «lendemains qui chantent», le Reich nazi ou les «Droits de l’Homme» vingtième- sièclards , il n’y a pas la moindre espèce de différence de globalisme concentrationnaire – ni de fond, ni de forme!

La même dégoulinante «communication» préside à la même publicité malpropre et sentimentaliste: le berger allemand de Hitler ou les labradors de Giscard d’Estaing et Mitterrand. Tout un chacun doit s’en goinfrer et la politesse veut que le rot de satisfaction soit bavard. Là contre, dans l’« Hymne à saint Benoît» (in Corona benignitatis Anni Dei), l’incommensurable génie de Paul Claudel, se fait l’écho d’un ordre:

«Mange ton Dieu et tais-toi! Marche, travaille, obéis!»

René Guénon n’a pas échappé à la régurgitation volubile des observateurs patentés. Ils lui reprochent de n’avoir pas les patentes dont ils disposent eux-mêmes, ils contestent le fait qu’il put en avoir d’autres, à moins qu’ils ne lui en attribuent de suspectes…

Par ailleurs, on l’accuse de sécheresse ou de froideur, arguant qu’il ne s’adresse jamais «au cœur», etc. Bref, on veut le réduire à une espèce de mécanique intellectuelle comme une autre, ramener sa fonction au rôle passager que tiennent ces beaux esprits ayant eu l’«originalité» d’échafauder un «système philosophique cohérent»; on voudrait le ravaler à n’avoir été qu’une sorte de «Descartes de l’ésotérisme», selon la formule textuelle!

Tout cela, parce que l’on s’époumone à tâcher d’insuffler dans les bronches de la conscience que les aspirations spirituelles ne procèdent jamais que de dolentes rêveries et, si possible, réservées à celles « d’un promeneur solitaire»…

En définitive, selon les préjugés actuels, il ne peut y avoir d’alternative qu’entre deux types de penseur: le ricanant Voltaire ou le larmoyant Rousseau; parce que l’on sait, de science exacte, que, immanquablement, n’importe lequel des deux conduira à l’une ou à l’autre des liquéfactions mentales du gâtisme, celle à forme hargneuse ou celle de composition libidineuse.

Mais tout cela va plus loin que ne voudraient le laisser transparaître les tendances, d’ailleurs indécrotablement creuses, de la psychologie moderne…

S’attaquer à un individu, au seul individu, suffit à détourner de ce qui dépasse les notions individuelles – aucun autre but que celui-là n’est poursuivi.

Mais, tout homme qu’il ait pu être, René Guénon ne s’intéressait nullement à l’homme qu’il paraissait et, contre l’homme, ramené seulement à la potentiellement sénile condition du titulaire d’une identité, il disposait en réserve d’une ressource à laquelle aucun homme, jusque-là, n’aurait pu avoir la hardiesse de songer… Un jour de 1931, depuis Le Caire, il lança un avertissement inouï:

«Si on continue à nous… empoisonner avec la “personnalité de René Guénon”, nous finirons bien quelque jour par la supprimer tout à fait ! Mais nos adversaires peuvent être assurés qu’ils n’y gagneront rien, tout au contraire…»

La locution adverbiale «tout à fait» précise la possibilité d’une quantité de suppression de personnalité susceptible d’être complète, voire absolue. Ce qui signifie, en tout état de cause, qu’il avait commencé à supprimer, en quelque sorte, des morceaux de la «personnalité de René Guénon». Là-dessus, nous avons le très beau et pénétrant commentaire de Gonzague Truc:

«Il a été, dans l’espèce douée de la parole, un de ces êtres infiniment rares qui ne disent jamais “je”.Tout ce qu’on peut avancer, c’est qu’il était d’humeur égale et bienveillante et incapable de faire aucun mal.Ce n’est pas peu.Cet homme qui aeu des adversaires passionnés, des ennemis qu’il connaissait et dont il savait qu’il pouvait attendre le pire, n’a été l’ennemi de personne et n’a songé à répondre à la violence et aux violences que par la raison.Et il se pourrait même qu’il ait préféré la fuite à une autre sorte, plus directe, de défense.»

Gonzague Truc envisage l’établissement au Caire sous l’angle d’une espèce de repli défensif. La probabilité n’est pas à négliger, d’autant moins que, progressivement, l’existence égyptienne de Guénon confinera à la retraite, mais à une forme inusitée de celle-ci: elle est demeurée active, d’autant plus active que c’est alors que vont commencer à paraître les grandes œuvres doctrinales, du Symbolisme de la Croix (1931) à La Grande Triade (1946), en passant par Les États multiples de l’Être (1932) et les Principes du calcul infinitésimal (1946); l’espace de temps compris entre 1932 et 1945 aura été réservé à d’abondantes collaborations à la revue Voile d’Isis (devenue Études traditionnelles en 1936), et à quelques autres, très épisodiques, aux Cahiers du Sud, et, comme dans la revue américaine Speculative Mason ou l’égyptienne El Maarifah, quelquefois signées «Abdel Wahêd Yahia». Procédant à la refonte de certains articles il donnera Les Aperçus sur l’initiation (1946), tandis que les autres, pour leur majeure partie, seront progressivement réunis, de 1952 à 1973, en une dizaine de recueils posthumes.

Or, les événements (notamment la Deuxième Guerre mondiale) n’ayant «confirmé que trop complètement, et, surtout, trop rapidement, toutes les vues» qu’il avait brossées dans La Crise du monde moderne (1927), il écrivit Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945).

Ce livre est une œuvre proprement extraordinaire, tant par le fond que par la forme.

Le fond donne à entendre le mystère insondable selon lequel:

«Tout ce qui existe en quelque façon que ce soit, même l’erreur, a nécessairement sa raison d’être, et le désordre lui-même doit finalement trouver sa place parmi les éléments de l’ordre universel. C’est ainsi que, si le monde moderne, considéré en lui-même, constitue une anomalie et même une sorte de monstruosité, il n’en est pas moins vrai que, situé dans l’ensemble du cycle historique dont il fait partie, il correspond exactement aux conditions d’une certaine phase de ce cycle, celle que la tradition hindoue désigne comme la période extrême du Kali-Yuga ; ce sont ces conditions, résultant de la marche même de la manifestation cyclique, qui en ont déterminé les caractères propres, et l’on peut dire, à cet égard, que l’époque actuelle ne pouvait pas être autre que ce qu’elle est effectivement.»

Et il ajoute:

«Seulement, il est bien entendu que, pour voir le désordre comme un élément de l’ordre, ou pour réduire l’erreur à une vue partielle et déformée de quelque vérité, il faut s’élever au-dessus du niveau des contingences au domaine desquelles appartiennent ce désordre et cette erreur comme tels; et, de même, pour saisir la vraie signification du monde moderne conformément aux lois cycliques qui régissent le développement de la présente humanité terrestre, il faut être entièrement dégagé de la mentalité qui le caractérise spécialement et n’en être affecté à aucun degré.»

Afin de n’être «affecté à aucun degré», il faut dominer, au sens d’«être placé plus haut», d’occuper une position dégagée des bassesses de la cérébralité humaine.

Plus simplement, il faut voir; et, pour nous autres modernes, ravagés par l’épidémie de «myopie intellectuelle», il y a nécessité de prolonger notre perspicacité un peu courte d’une longue-vue – elle est ce maître-livre: Le Règne de la Quantité et les Signes de Temps, elle en constitue la «forme» —, pour un bigleux, quelle révélation qu’un verre de lunette!

Nous souhaitons que nos lecteurs se jettent sur un livre de Guénon, et qu’il leur arrive ce qui arriva au grand historien de l’art, Luc Benoist.

L’intelligence comme arme infaillible

Le lecteur aura saisi entre les lignes que l’œuvre guénonienne occupe une place unique dans toute la « culture» occidentale, spécialement par sa portée doctrinale. Quant à la pureté de la doctrine exposée, les avis sont, certes, partagés… Toutefois, il ne sera pas indifférent d’indiquer que ces avis se partagent, très œcuméniquement , entre les partis les plus adverses, des catholiques intégristes aux gauchistes férus de «nouvelle philosophie», en passant par les pagano-darwinistes , les occultistes de tout poil et autres affidés de sectes variées.

En réalité, cette œuvre dérange les modernes, tous ensemble, les progressistes comme les conservateurs.

Les réponses à apporter à ces tout un chacun feraient la matière de plusieurs volumes, lesquels volumes n’apporteraient absolument rien à ce pas grand-chose.

Mais, outre sa stricte portée « doctrinale», et en dépit du fait que ce pourrait raisonnablement passer pour représenter la part essentielle de l’œuvre, nous voulons signaler que l’aspect purement doctrinal de ses études n’est en rien exclusif de quoi que ce soit.

En effet, la doctrine expose les principes fondamentaux, mais elle se trouverait réduite rigoureusement à rien si ceux-ci ne se trouvaient pas appliquer partout où se manifeste une quelconque activité et, très spécialement, dans le cadre de la vie qui est, pour l’instant, encore la nôtre: l’existence individuelle au sein de la communauté humaine.

Si, de toute évidence, «le «plus» ne peut pas sortir du «moins»», non moins évidemment, l’«inférieur» doit être soumis au «supérieur». Mais l’exercice de cette soumission se trouve à présent formidablement contrarié par les menées subversives de la modernité qui s’escrime à imposer aux hommes, jusques et y compris par la coercition, le serment d’allégeance à ce qui saurait les éloigner d’une perception des choses qui fût d’un ordre supérieur; ce, en sorte qu’ils servent leurs seuls appétits, qu’ils engraissent jusqu’aux plus états-uniennes obésités afin d’alimenter ce phénoménal appareil digestif connu aujourd’hui en tant que «pensée unique».

Aujourd’hui, la naissance se joue dans les cliniques d’obstétriques, et la mort se conclut dans les unités de soins palliatifs. Dans l’entretemps , l’existence humaine a été passée au crible de l’enseignement laïc et obligatoire… Certains, dans le vain espoir de se réserver un vague terrain où exercer leurs méninges à une relative liberté de penser, ont tâché de raisonner: philosophies, psychologies et autres «avant-gardes» artistiques et littéraires. On peut en connaître les éventuelles postérités. Toutefois, force est d’admettre qu’aucune « alternative» n’a su convaincre par une quelconque efficacité à embaumer l’atmosphère distillée par les usines à élever du citoyen en batterie. Rendu furieux par toute cette puanteur, le poète Antonin Artaud hurlait, les yeux éperdus de fulgurances:

«  Je suis un fanatique, je ne suis pas un fou; je ne veux plus de l’ordre moderne qui ne nous mène qu’au chaos! »

Mais, désormais, il y a lieu d’observer un effet de la subversion généralisée: le fanatisme est devenu « chaotique»; l’« ordre moderne» a pu l’intégrer comme un de ses composants. Autrement dit, l’ordre moderne sait parfaitement bien gérer son désordre; cela, pour l’excellente raison que la modernité n’a élaboré qu’un pseudo-ordre dont le ressort est, justement, la plus haute expression du désordre: la parodie institutionnalisée.

Il convient donc de rester sourd et aveugle face à la singerie des faux «rappels à l’ordre», à ne jamais se laisser étourdir par les vertiges du pouvoir et à se préserver de toute tentative d’institutionnalisation.

Il faut savoir toucher, goûter, sentir, entendre et voir la stricte réalité; développer tous ses sens afin que l’exercice libre de la pensée les gouverne et les conduise ensemble sur le seuil de cette perception, admirable et infatigable, qu’est l’intuition intellectuelle.

Pour admettre cette perspective de réalisation de soi, il convient d’avoir su échapper aux séductions des sens pris isolément et à celles de l’attrait abominablement sensuel pour l’uniforme cérébral.

Toutes les théories de révolte suscitées par les analyses contestataires des ères industrielle et libérale n’ont réussi qu’à démontrer leur impéritie, non seulement, mais encore, leur faculté à être récupérée. 

Cela, parce que le ressort majeur de la perversion est, en fin de compte, sa science prodigieuse de l’égout et de l’assainissement: tout ce qui dérange est potentiellement conçu comme relevant des aptitudes à la décomposition de la fosse septique sociale ou bien de celles de la station législative d’épuration.

Mais il y a le diamant!

Il ne peut être perverti. En cela, il constitue une arme de résistance radicale. D’ailleurs, en Inde, un seul mot désigne, à la fois, le «foudre» et le «diamant»: vajra. On inférera donc de la pureté ayant l’éclat du diamant qu’elle peut émettre une onde foudroyante.

Il est arrivé que d’aucuns ne purent s’abstenir d’employer l’épithète « adamantine» pour qualifier la clarté de l’œuvre guénonienne… Quant à nous, nous voulons ajouter qu’elle est bel et bien foudroyante… C’est-à-dire qu’elle a une capacité d’illumination, non d’illumination «sacrée», comme les Écritures révélées – ce serait hérésie que d’oser le supposer —, mais d’illumination intellectuelle, ou conceptuelle.

À telle enseigne que cette œuvre a su renforcer le croyant dans sa foi et confirmer le fidèle dans la fidélité à laquelle il se doit. Mais encore, elle éveillera chez l’homme doué d’intelligence, quel que puisse être l’objet de ses réflexions, la faculté de discernement; et ce, à tel point, qu’il saura atteindre, à plus ou moins longue échéance, le point sublime d’intuition où toute chose est perçue sous l’angle de la vérité et, partant, se révèle comme étant un des procédés même que la Vérité emploie pour être appréhendée.

Novalis, le grand inspiré du romantisme allemand, écrivit:

«Plus haut l’on est, plus tout est beau.»

De son côté, Honoré de Balzac avait observé:

«Les hommes nous permettent bien de nous élever au-dessus d’eux, mais ils ne nous pardonneront jamais de ne pas descendre aussi bas qu’eux.»

C’est pourquoi le serviteur de la beauté ne saura jamais qu’être voué aux gémonies.

C’est pourquoi, encore, la beauté, ainsi combattue, est devenue combattante, exactement à l’exemple des anges du Ciel, devenus guerriers face aux légions déchues…

L’œuvre de René Guénon propose les armes intellectuelles à l’homme acquis à la cause de la guerre à outrance contre les démons; armes infaillibles, elles sauront s’adapter à toutes les techniques de combat imposées par les circonstances.

Au cours des années vingt, Pierre Pascal, l’immense poète catholique méconnu, avait fréquenté Guénon. En 1977, ce lui inspira ce souvenir d’une « société secrète du Beau et du Vrai », d’une «conjuration des âmes» autour de Guénon, «une sorte de veillée d’armées, un rituel de chevalerie, une orientation dans la nuit, contre le “Prince de ce monde”, […], contre la trahison des sordides engeances, athées et chrétiennes, de la démocratie universellement efflanquée».

Le temps est désormais écoulé ou de petits cénacles satisfaits se réservaient un accès privilégié à cette œuvre. Elle ne descendra, certes, pas « dans la rue», mais l’épicerie des réseaux de la diffusion éditoriale, grâce à son blasphématoire toupet mercantile, permet de la trouver dans les rayons de librairie…

Alors, jetez vos magazines et vos préjugés éventuels! Faites ainsi l’économie du temps perdu avec eux et consacrez-le à la lecture de ce bonhomme, de ce très bon homme, et armez-vous de cette salutaire vision, car, selon l’avertissement de Joseph de Maistre:

«Il faut nous tenir prêts pour un événement immense dans l’ordre divin vers lequel nous marchons avec une vitesse accélérée, qui doit frapper tous les observateurs.Des oracles redoutables annoncent déjà que les temps sont arrivés.»

En 1934, René Guénon avait épousé Fatima, fille du sheikh Mohammed Ibrahim. Cette descendante du Prophète, qui avait accompli le Pèlerinage à La Mecque, communiqua à son mari le titre de «Sheikh».

Deux filles et un garçon naquirent du vivant de René Guénon: Khadija, Layla et Ahmed. Le 17 mai 1951, un fils posthume vint au monde: Abdel Wâhed.

Maladif, dès les premiers jours de sa vie, d’une complexion extrêmement délicate, sensible à toutes les pressions atmosphériques, incommodé par le froid et l’humidité, René Guénon souffrait de la conscience de son humaine débilité comparée à la vitalité astronomique des immenses voies lactées du beau. Aussi, dans les bras de Fatima, il s’éteignit, enfin resplendissant de santé, en prononçant le nom d’Allah, comme le veut le bonheur éternel.

Il avait demandé que l’on prît soin de laisser son bureau en l’état; ainsi, pourra-il s’y trouver encore et, de là, regarder sa femme et ses enfants.

David Gattegno

L’auteur écrit également en langue espagnole:

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