Marina Anca, la dictature roumaine vue par une adolescente libre s’adresse – en exclusivité – aux liseurs du blog « Les Rencontres »

Exceptionnellement,  Marina ANCA, naturalisée Française il y a 30 ans, se sentant tout à fait Française, nous confie les sentiments qui furent les siens en arrivant en FRANCE. Avec son témoignage « Quand la chenille devient papillon ou la dictature roumaine vue par une adolescente libre», elle nous prête ses yeux pour connaître ce que fut la Roumanie sous la dictature de Ceaușescu et les conséquences inhérentes à la décision, irrévocable, d’en échapper.

Marina a vécu sa prime enfance dans le centre-ville de Bucarest, dans une famille pas tout à fait comme les autres. En effet, si les parents de sa mère ont fait partie de la bourgeoisie roumaine de l’avant-guerre, une « caste » crainte, voire haïe par le Parti Communiste Roumain, la famille de son père a côtoyé – et à la fois combattu – le même communisme. Pour autant, ou à cause de cela, ni son père, ingénieur, ni sa mère, assistante médicale spécialisée en électro-cardiologie, n’ont fait de la politique, à aucun moment de leur vie. Ils se taisaient, à l ‘instar de tout un peuple. Les collégiens, comme elle, qui étudiaient dans le froid, le ventre vide, ne faisaient pas exception. En revanche, on apprend dans son ouvrage que leur discipline était exceptionnelle. Dès la fin des années ’70, chaque élève devait contribuer au recyclage, instauré à l’échelle nationale, en apportant à l’école  le dernier jour de chaque trimestre, 5 kg de papier et 5 kg de bouteilles en verre (les bouteilles en plastique n’existaient pas). Cette action permettait d’institutionnaliser l’esprit d’économie et de déléguer aux écoles, un organe public comme un autre (il va de soi que les écoles privées n’existaient pas non plus), d’agir comme intermédiaire de tri des déchets.

Cela peut nous paraître dingue à nous, mais dans ce régime de fou, c’était ainsi et même pire. Les bouteilles ayant des étiquettes étaient refusées car c’était à l’élève de les laver, quand il avait de l’eau au robinet ! En attendant, il ne pouvait que les reprendre et en subir les conséquences : un point en moins dans la note de comportement !  Sachant que la « pénurie de tout » ainsi que l’écrit Marina ANCA, était la norme, apporter 15 kg de papier (journal généralement ou feuilles usées, les livres n’étaient pas recyclées) et 15 kg de bouteilles vides et propres par an à l’école relevait de l’exploit. Toutefois, multiplions cela par les milliers d’élèves scolarisés ! Cela représentait une sacrée économie. Comparativement, en France,  il  a fallu  attendre la mise en œuvre de  l’économie durable  pour voir s’installer de pratiques similaires, sur la base du volontariat.

Aussi, la découverte de la France, un monde totalement différent, fut pour Marina ANCA d’abord  une bouffée d’air et de liberté, puis une succession de chocs, car chez nous, elle découvrit simultanément une profusion indescriptible de panneaux publicitaires  4×4 et le fait qu’elle pouvait vraiment choisir, décider, dire et faire ce qu’elle voulait. Cela la laissa abasourdie ! N’oublions pas qu’à son arrivée, en  1983, la Roumanie ne connaissait pas la concurrence, la main d’œuvre  appartenant à l’État et qu’il ne fallait pas parler de la situation économique, ni de politique : la parole était dangereuse et les prisonniers politiques nombreux ! Ainsi qu’elle nous le décrit avec finesse, là-bas, la spontanéité était interdite pour une question de survie alors que le paraître était leur plus bel habit. Enfin, c’est avec une certaine colère dans la voix que l’auteure se remémore d’avoir dû applaudir le dictateur Ceaușescu lors d’une cérémonie officielle alors qu’elle était au CP. Même après tant d’années, elle n’aime pas l’idée d’avoir été à côté de  lui et nous confie ne pas l’avoir aimé, instinctivement, sans raison.

Si aujourd’hui la Roumanie fait partie de l’Union Européenne et s’est tout à fait occidentalisée, certaines traces demeurent,  sans même que les Roumains y portent attention. Ainsi, l’auteure nous dit avoir été frappée par le slogan d’une entreprise de téléphonie, qui, investissant dans une publicité 4×4 (sic) sur un des immeubles bucarestois, choisit d’évoquer dans son slogan « le confort comme dehors« . Le terme souligne bien la prégnance de l’ancien régime, où les Roumains vivaient dedans ou, selon l’expression de l’auteure, « dans la cage du Dictateur ».
A se demander si, aujourd’hui, en 2017, l’inconscient ne serait pas encore un peu, toujours en cage.

A l’heure du départ, Marina laissa sa ville natale encore en ruines après le terrible tremblement de terre de 1977 et en son épicentre, son quartier, un  immense terrain vague, où Ceaușescu allait bâtir son palais, aujourd’hui encore la deuxième plus grande construction du monde.

De nos jours les Français ont du mal à imaginer la Roumanie des Ceaușescu, et pourtant la découverte de cet autre univers, des efforts pour s’en extraire et se réadapter sont un enrichissement et même un réservoir de réponses à des questionnements que l’actualité suscite.

Cette littérature de témoignage marque notre temps. Qu’est-ce que l’avenir retiendra de notre époque ? De pseudo-succès commerciaux ou bien cette littérature frappée du sceau de réel et du vécu, laissant les générations futures nous juger ? Nous pouvons d’ores et déjà vous dévoiler que notre écrivaine ne s’est pas arrêtée à ce premier témoignage car sa vie parisienne, tant rêvée, n’a duré que deux mois, en 1983 ! En effet, à peine arrivée et émerveillée par les monuments de notre belle capitale, sa famille repartit vers Lagos, la capitale de l’époque du Nigéria ! C’est dans ce pays anglophone qu’elle s’initia au français et à la vie parisienne. Nous avons déjà hâte de lire ce deuxième ouvrage, à paraître dès cet automne, ainsi que nous ne manquerons pas de vous le confirmer ! En attendant, amis lecteurs, lisons : « Quand la chenille devient papillon ou la dictature roumaine vue par une adolescente libre» est déjà en vente sur Internet et chez tous les bons libraires.

ISBN 978-2-407-00227-6 aux éditions Saint Honoré depuis le 29 novembre 2016.

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