La Vilaine d’Oradour

La Vilaine, née d’Oradour , écrit par Monique Bélivier

Nous n’avons pas pu résister à l’excellente présentation de l’ouvrage proposée par
dominique iwan Culture, Littérature, Romancommentaires

Le livre commence au printemps 62, Monique a 6 ans, c’est une rêveuse, elle nous livre son « journal intime » une sorte de carnet de bord d’une enfance esseulée entre religieuses et le passé d’Oradour sur Glane, qu’elle n’a pas connu. Oradour-sur-Glane reste attaché au massacre de sa population par la division SS Das Reich le 10 juin 1944, constamment harcelée par les Forces françaises de l’intérieur (FFI), elle riposte par de sanglantes représailles. 642 personnes ont été massacrées lors de cette journée : les hommes sont fusillés, les femmes et les enfants brûlés dans l’église du village.

Quel moment de douce fraicheur, de terrible nostalgie, et d’extrême solitude en même temps que de souvenirs partagés, aussi dans l’attente de l’amour maternel ou plutôt dans l’attente des marques de cet amour, et puis l’Histoire, cette terrible grande Histoire qui a marqué l’auteur comme moi-même … Je viens de finir la lecture du témoignage de Monique Bélivier, « La Vilaine, née d’Oradour » qui paraitra aux Editions Paulo-Ramand courant Septembre 2017.

Ce drame absolu de notre histoire est la toile de fond du livre de Monique Bélivier, à ses souvenirs de petite fille puis de jeune adolescente s’entremêlent ses efforts pour reconstituer les évènements de juin 44.

Des documents, des photos jaunies, des lectures, quelques mots arrachés à la mémoire de son père vont l’aider a se construire.

Cette petite fille, vrai garçon manqué, surnommée La Vilaine par sa maman a pris d’assaut le tas de bois, dans le hangar, d’où elle observe, rêve, prend soin de sa poupée Cathy, sa « Cathy n’a pas de cheveux mais en plastique moulés et peints en marron sur son crâne ».

Excellente élève, elle espère pendant toutes ces années pouvoir enfin rentrer chez elle, mais cela n’arrive pas, « au fond, je n’intéresse personne ».

Plus le temps passe, plus l’histoire rejoint le présent, jeune fille livrée à elle-même, intelligente et intuitive, elle tente de comprendre les blessures de sa famille dévastée par la douleur du massacre de juin 44. Ne pas se dire, ne pas se rappeler et ne pas parler, ne pas raconter pour ne pas pleurer et surtout laisser la tendresse de côté pour ne pas laisser la faiblesse nous envahir.

Quel beau livre, bien écrit, je l’ai savouré, il est nostalgique, triste sans excès et drôle comme un nez de clown, il ressemble à mon histoire par moment, surtout dans l’absence d’une mère à qui il est impossible de se confier et aussi dans ces temps de guerre qui ont vu tant des miens disparus.

Trop terrible, trop agitée, trop tout, elle-même écrit « moi je dis que je suis juste en trop, tout court », et la décision est prise, pour lui « guérir les nerfs » elle ira en pension. Elle y passera 8 années a souffrir en silence de l’absence des siens, elle n’ose pas dire sa tristesse, ce sentiment d’abandon qui lui tord le coeur, dans sa famille on ne s’épanche pas. L’amour est là malgré tout, mais il se cache bien dans la boite à goûter avec les petites douceurs glissées par sa maman au moment du départ.

J’en recommande vivement sa lecture, c’est aussi mon enfance : l’histoire dans l’Histoire, le rire et les larmes, les colos en short et bob sur la tête avec un morceau de pain et une barre de chocolat et surtout l’exaltante nécessité de la résilience et du pardon.



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