La clameur de l’arène médiatique étouffera-t-elle le silence d’un homme?

Ainsi avons – nous vu, lu ou entendu mille appréciations, imprécations et meilleurs sentiments de mort, rarement de vie à propos du devenir de monsieur Vincent LAMBERT.

Il y a de nos jours dans les journaux, sur les trottoirs, dans les médias de masses comme ceux de la ré-information des prises de positions tranchées ou plus feutrées pour demander que cesse le feuilleton Vincent Lambert ou bien qu’il continue.

Une chose vous aura peut-être frappée, la position défendue est toujours illustrée par un cliché démonstratif. Maints clichés de monsieur Vincent Lambert circulent, et selon ce qui doit être démontré telle ou telle photo ad hoc sera avancée.

D’où il apparaît que l’intéressé soit probablement moins légume qu’on veuille bien l’affirmer ici ou là.

Il me revient à l’esprit que toujours la réputation faite à quelqu’un sert uniquement les intérêts de ceux qui la colportent.

Il a quelques mois

Puis au moment de la sédation

Et, après l’arrêt de la sédation

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Si le plus souvent je réserve l’immense étendue de mon mépris au grognement médiatique, celui-ci a fini par m’indisposer au point que lorsque j’ai relevé que l’euthanasie s’avérait un « sujet sensible et passionnant », susceptible de « rebondissements », et que d’aucuns et d’aucunes surtout donnant des leçons de bonne mort à la mère de l’intéressé au prétexte de la vie (celle de qui au fait?) il me fut difficile de poursuivre mon chemin d’indifférence.

En prêtant une simple attention on exigea vite de moi de soutenir davantage encore, et ici c’était l’inacceptable.

Il m’aurait fallu par exemple savourer des péroraisons de ménagère:

« Je suis, quant à moi, et cela n’engage que moi, favorable à l’euthanasie parce que je crois trop à la grandeur et à la dignité de l’Homme pour accepter de devenir un légume »

Un choix de principe (aux fondements troubles) doublé de l’aveu d’une croyance excessive valent condamnation d’un homme en particulier. Bien sûr l’appréciation de l’état réel de l’intéressé n’affleure pas, trop délicat sans doute. Il est décrété « légume », point, code barre, clap d’action, sédation pour mort lente de préférence: les ménagères sont des juges terrifiants!

Voilà un sens de l’irresponsabilité qui peut exonérer n’importe quel bourreau sanguinaire.

Je ne résiste pas au déplaisir de partager avec vous le passage suivant:

 « Je ne peux comprendre ceux qui, au nom de croyances, voudraient laisser la nature, ou Dieu décider de la fin de la vie. Quand on vieillit tranquillement, en gardant bon pied bon œil et, surtout, toute sa tête, pourquoi pas ? La vie est précieuse, géniale, extraordinaire et il serait stupide de l’abréger sans de très graves raisons de le faire. Mais au nom de quoi faudrait-il accepter l’horreur, accepter de devenir tel qu’on n’a pas envie d’être, tel qu’on ne veut à aucun prix vu par ceux qu’on aime ? »

La ménagère en question tire argument de l’esthétique et de la coquetterie pour condamner l’intéressé à sa place : l’ego féminin a des ressorts qui ne finiront jamais de surprendre.

Poursuivons encore un peu si vous voulez savoir comment la ménagère convoque Dieu pour lui dire de se taire alors qu’il est l’un de rares à ne pas être intervenu directement dans cette affaire:

« Ces gens-là, qui ne parlent que de volonté divine, ont-ils, tout au long de leur vie, refusé tout soin médical, pour eux ou pour les leurs, pour laisser faire la nature/volonté divine ? Ont-ils renoncé à toute contraception, ne serait-ce que par l’abstinence, pour laisser faire la nature/volonté divine ? Poussons même le bouchon : ont-ils vécu nus toute leur vie pour vivre comme Dieu les a faits? »

Finalement, le grand argument des ‘humanistes’ revient à dire :

Quel choix ferait Vincent LAMBERT pour lui-même ? Et comme lui-même ne peut justement pas répondre, les ‘humanistes’ avec un grand sens pratique proposent à sa place, c’est à dire agir comme ils prétendraient le souhaiter pour eux-mêmes! J’aimerais bien lire leurs engagements personnels détaillés, avec les obligations notariées et définitives qu’ils se sont faites.

Mais, au cœur de l’indécence ménagère sans limite relevons encore:

« Cela dit, c’est vraiment triste. Je serais désespérée à sa place. J’y pense souvent. Il y a tellement de pauvres enfants violés, torturés, massacrés, et personne n’en parle. Ils sont insensés, les parents ! »

Alors là, tous les bras nous tombent des mains!

Le désespoir d’un ‘légume’ toucherait la ménagère, mais alors comment est-il vraiment ‘légume’? Un élément à décharge devient à charge par magie ; la confusion et la malhonnêteté dégoulinent!

De la même veine, puisque sont commises à l’égard d’enfants des abominations absolument horribles (mais que fait donc la ménagère en question pour ne pas leur porter secours et assistance ?) il faudrait d’abord effacer la souffrance vraie ou supposée, petite ou grande, insoutenable ou non de Vincent Lambert.

Avec un tel sens des priorités, avec des esprits aussi lumineux, il est certain que les tenants de l’euthanasie des handicapés jouent sur le velours.

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Comme il paraît bien futile de reprendre un à un tous les détails injurieux des clameurs réclamant la mort, considérons simplement que l’arène médiatique actuelle correspond à s’y méprendre à celles des temps romains.

Vincent Lambert à terre depuis trop longtemps devrait être évacué afin que le combat suivant ait lieu.

Résolument la vox populi actuelle se veut toujours Dei et c’est sans doute la raison pour laquelle elle évacue le divin de la cité.

Vous remarquerez dans la représentation ci-dessous qu’il suffit de formater convenablement le peuple pour que le Pouvoir (l’empereur) n’ait pas besoin de lever ou baisser le pouce lui-même, belle illustration de l’illusion démocratique et de la parfaite ‘démocrature’.

En dictature l’empereur lèverait ou baisserait le pouce et le peuple l’imiterait.

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Mais, qui décrète que l’autre est un légume?

Voilà une question qui nous concerne tous.

Les référentiels en vigueur sont imparfaits, imprécis, variables, infiniment discutables. Les hormones, les ressentis, les perceptions, les « moi je » ne sont d’aucun secours non plus pour décider et pire encore… préconiser quelque manière définitive.

Aujourd’hui il demeure une difficulté trop souvent éludée: celui qui est en position de décider disposerait personnellement du savoir, alors que rien n’est moins certain.

Le décideur est généralement celui qui a des convictions. Mais que valent les convictions relativistes qui empoisonnent notre époque?

Un bon braillard fait un bon décideur pour convaincre ou mieux…faire convaincre. Mais chacun a aussi la liberté de ne pas être suiveur de braillard.

Pour être clair sur le relativisme : tout le monde s’émeut du bien-être animal, cependant Vincent Lambert ferait exception?

Tout le monde compatit au désastre frappant les abeilles, les oiseaux, les insectes, la diversité végétale et marine, tout, à l’exception de Vincent Lambert?

Vincent Lambert est simplement devenu emblématique d’un sourd et profond combat : l’acceptation de l’instauration de l’eugénisme des handicapés, empoignade entre les forces de la vie et celles de la mort lesquelles ont tout à gagner de mon point de vue de vivant.

Puisque chacun serait libre du choix de son camp, il ne devrait pas l’imposer à l’autre. Alors de quelle essence supérieure et de quel droit les suprémacistes d’opinion se prévalent-ils pour que de manière immédiate et univoque ils puissent imposer la mort de Vincent Lambert ?

Vincent Lambert vivant ne peut plus communiquer.

C’est le statut quo qui caractérise cette situation laquelle pose problème uniquement parce que les institutions ne sont pas préparées à répondre dans le temps long.

L’économie de moyens doit- elle commander partout, tout le temps, quel que soit l’enjeu? Si la famille de Vincent Lambert était milliardaire, il n’y aurait aucun problème, aucune question, aucune remarque. S’il avait été célèbre et riche comme tel pilote de course, quelle voix se serait faite entendre? Même pas et surtout pas celle d’une ménagère eût-elle été ministre.

Puisque semble-t-il le sens du respect de l’autre se perd, il est donc permis de s’interroger:  les préconisateurs de mort immédiate n’auraient-ils (elles) pas comme Vincent Lambert supposément un cerveau de courge?

Sur cette question dont l’honnêteté ne saurait remise en cause dans le climat actuel, je ne saurais n’étant pas jardinier.

Et si j’ai le courage d’avouer mon ignorance c’est que par simple prudence j’ai choisi mon camp, celui de la vie. Et je fuis consciencieusement la vox populi.

Que, dans telle situation, Dieu me soit ou non en aide, là ne peut être la question, puisqu’il s’agit précisément d’une réponse.


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